Le jeune : Quels sont les risques ?

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Une nouvelle revue de littérature scientifique sur le jeûne vient d’être publiée dans la prestigieuse revue médicale NEJM (2019). Il montre que le jeûne intermittent médicalement contrôlé peut avoir des effets positifs sur la santé cardiovasculaire, surtout cardiovasculaire. Qu’en est-il de cette pratique lorsque certains organismes de santé publique mettent en garde ce régime très faible en calories ?

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Capture d’écran du site CNN du 26 décembre 2019 Diverses pratiques de jeûne

D’ un point de vue évolutionnaire, le jeûne est un phénomène naturel auquel les humains et les organismes ont été régulièrement exposés dans le passé. Bien que de nombreux animaux sauvages vivent encore de longues périodes de temps avec peu ou pas de nourriture, les humains ont rapidement adopté un mode de vie sédentaire accompagné d’un approvisionnement continu et abondant en nourriture (Science 2018).

Il existe une variété de pratique de jeûne sur la durée et la quantité de calories apportées :

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  • le jeûne continu induit une restriction calorique au cours d’une certaine
  • période

  • de jours de jeûne alternant (jeûne intermittent). Par exemple, le régime 5:2 consiste à jeûner 2 jours par semaine. Une autre pratique courante consiste à alterner 1 jour de jeûne et 1 jour sans
  • jeûne pendant certaines heures de la journée
  • avec des

  • régimes hypocaloriques

Il y a aussi des cures de jus, des régimes qui limitent les hydrates de carbone (kétogénine Que se passe-t-il dans le corps lors du jeûne ?

La restriction de l’apport calorique entraîne une diminution des réserves de glycogène dans le foie et les muscles et une diminution des niveaux de glucose dans le sang. Puis se pose la mobilisation des réserves

  • dans les graisses par lipolyse : l’hydrolyse des triglycérides (réserves de graisse) en acides gras libres. La kétogenèse dans le foie convertit ces acides gras libres en corps cétoniques comme
  • substitut au glucose. Les protéines sont également mobilisées pour produire du glucose hépatique par néoglucogenèse

Les cellules et les systèmes organiques s’adaptent à ce défi bioénergétique en activant des voies de signalisation qui améliorent la fonction mitochondriale, la résistance au stress et les défenses antioxydantes tout en augmentant la régulation de l’autophagie pour éliminer les molécules endommagées et recycler leurs composants. Pendant la période de restriction énergétique, les cellules adoptent un mode de résistance au stress en réduisant la signalisation de l’insuline et la synthèse globale des protéines. Le jeûne intermittent stimule l’autophagie et la mitophagie en inhibant la voie mTOR. La voie de signalisation mTOR (cible mécaniste de la rapamycine) est une enzyme de la famille des sérines/thréonines kinases qui régule la prolifération cellulaire, la croissance cellulaire, la mobilité cellulaire, la survie cellulaire et les processus liés à la cancérogénicité.

Source : NEJM 2019 Le jeûne intermittent et la restriction calorique sont-ils bons pour la santé ?

Études animales sur la survie et la restriction calorique

L’ étude NEJM mentionne une étude sur les rongeurs où le jeûne intermittent améliore l’espérance de vie médiane de 14 à 45 % chez les rats et de 4 à 27 % chez les souris (Swindell, 2012). Deux d’autres études sur les singes ont montré des résultats contradictoires :

  • restriction calorique diminuerait l’incidence du cancer, du diabète, des maladies cardiovasculaires et le risque de décès (Colman, 2009) chez les singes du Wisconsin National Primate Research Center (WNPRC
  • ). Institut du vieillissement
  • La

Dans cette étude, la restriction calorique conduit à moins de maladies Ces résultats contradictoires pourraient provenir de différences dans les régimes utilisés. Dans l’étude WNPRC, les produits alimentaires sont purifiés tandis que dans l’autre étude NIA, ils sont des aliments non transformés ou extraits.WNPRC : les protéines proviennent de l’α-lactalbumine (lactosérum) NIA : les sources de protéines sont variéesWNPRC : les lipides proviennent de l’huile de maïs : les lipides proviennent du soja et du poisson. L’huile de poisson contient des oméga-3 (bénéfiques pour les risques cardiovasculaires) WNPRC : les sucres diététiques se composent de saccharose (28,5 %) et d’amidon de maïs Nia : les sucres diététiques sont faits de blé broyé et de maïs (3,9% saccharose). L’excès de saccharose peut être des facteurs de risque pour le diabète de type 2 par exemple.Dans l’étude NIA, les singes n’ont pas été complètement nourris Ad libitumIl existe d’autres explications données dans la publication de Mattison 2012.

La survie et le risque de mortalité n’ont pas été étudiés dans les études épidémiologiques humaines. En outre, il est difficile d’étudier le jeûne à long terme, dans certains essais cliniques, il y a eu parfois des abandons de la restriction calorique de 37% des participants dans le groupe à jeûne.

Études humaines sur la perte de poids, la santé cardiovasculaire

Dans plusieurs essais d’intervention humaine, le jeûne intermittent ou la restriction calorique continue entraîne une perte de poids et de graisse à court terme.

L’ étude CALERIE est intéressante puisqu’elle a duré 2 ans et a comparé l’effet d’une restriction calorique de 25 % par rapport à un régime ad libitum (= « manger comme vous voulez ») chez des personnes en bonne santé. Cette restriction calorique a entraîné une amélioration de nombreux facteurs de risque pour les maladies cardiovasculaires maladie, amélioration de la qualité de vie et perte de poids (Martin 2016, Most 2018, Kraust 2019).

L’ essai clinique de Trepanowski (2017) est une deuxième étude assez longue d’un an qui n’a pas permis d’identifier les avantages pour le jeûne alternant continu ou la restriction calorique par rapport à un régime sans intervention : aucune différence pour l’insuline, les lipides, la pression artérielle ou les biomarqueurs de l’inflammation.

Voici un résumé de certains essais cliniques sur le jeûne intermittent ou la restriction calorique avec des résultats contrastés :

Cancer et jeûne

Les études publiées sur le cancer sont très limitées, comme je l’ai souligné dans un article précédent. La revue NEJM ne mentionne que des études sur le cancer et les mécanismes de jeûne chez les animaux, 2 rapports de cas humains et une étude humaine sur l’observance de la restriction calorique chez les hommes atteints d’un cancer de la prostate. Le niveau de preuve est donc très faible.

L’ Institut national contre le cancer (InCA) a écrit en 2017 « Chez les patients atteints de cancer, la perte de poids et la masse musculaire observée dans les études cliniques suggère un risque d’aggravation de la malnutrition et de la sarcopénie, deux facteurs pronostiques péjoratifs reconnus pendant le traitement. »

Restriction calorique et capacité cognitive

Certaines études ont testé l’effet de la restriction calorique (vs. sans intervention) sur les capacités cognitives et la mémoire. Ces études précédentes ont révélé une amélioration des résultats des tests de mémoire chez les participants ayant une restriction calorique de 25 à 30% de l’énergie (Witte 2009, Horie 2016, Leclerc 2019).

L’ examen du NEJM met en évidence le manque de données sur les troubles neurodégénératifs et le jeûne en général.

Quelles sont les recommandations sur le jeûne ?

Les auteurs du NEJM sont favorables au jeûne par intermittence. Ils soulignent la difficulté d’adhérer à ce régime à la fois culturellement et la présence d’effet (faim, irritabilité) au 1er mois, le manque de soutien des médecins

Ils recommandent 2 jours de jeûne par semaine avec Progression :

  • le premier mois : 1 jour de jeûne à 900-1000 kcal/jour
  • au deuxième mois : 2 jours de jeûne à 900-1000 kcal/jour
  • au

  • 3ème mois : 2 jours de jeûne à 750 kcal/jour au
  • 4ème mois : 2 jours de jeûne par semaine à 500 kcal
  • Peu d’études s’intéressent à la sécurité du jeûne

Deux remarques importantes dans cette revue documentaire : « Ilfaut consulter un diététicien ou un médecin nutritionniste pour s’assurer que les besoins nutritionnels du patient sont satisfaits et fournir des conseils et une formation continue ». Il est également difficile d’extrapoler à l’ensemble de la population les avantages et les risques du jeûne intermittent. Plusieurs essais ont été menés dans des populations particulières (personnes âgées, obèses, athlétiques).

Autres avis d’experts sur le jeûne

Une autre revue de la littérature publiée en 2018 dans Science (Di Francesco) souligne que « les adultes en bonne santé ne devraient pas jeûner sans consulter un professionnel (médecin ou diététicien) afin d’éviter tout risque. »

Un rapport de l’INSERM de 2014 a écrit que « la pratique du jeûne médicalement encadrée semble généralement dangereuse, des risques réels existent dans différents contextes et la plus grande prudence est requise  ». Ces contextes peuvent inclure le jeûne ou la restriction calorique en cas d’infection, de blessure ou d’ostéoporose/sarcopénie.

Le rapport de l’ANSES estime que les régimes à très faible teneur en calories (comme le jeûne) peuvent causer des accidents de mort subite et des troubles du rythme cardiaque. Ils peuvent également modifier l’état du fer, provoquer des inflammations, augmenter la libération de POP et nuire aux os.

Chez les enfants ou les adolescents, la restriction calorique entraîne un retard de croissance et le développement pubertaire.

La Société Européenne pour la Nutrition Clinique et le Métabolisme ne recommande pas de restriction calorique ou de jeûne chez les patients présentant ou présentant un risque de malnutrition (Arends 2017).

Absence de résultats cohérents dans les essais cliniques

Dans l’ensemble, les résultats ne font pas l’objet d’un consensus scientifique dans les études cliniques chez l’humain pour ce qui est des changements dans le poids et la masse grasse. Le régime de jeûne intermittent est restrictif, faible en calories et strict, il est difficile à mener à long terme. L’ANSES n’exclut pas les effets yoyo tels qu’une augmentation du poids lorsque cette pratique est arrêtée.

En conclusion, il n’est pas possible pour le moment de recommander le jeûne à des fins préventives ou thérapeutiques. Il existe très peu de preuves scientifiques sur la prévention des maladies cardiovasculaires. Il n’y a pas de preuves ni d’études sur la prévention du cancer ou le traitement thérapeutique d’une maladie quelconque .

La plupart des études d’intervention humaine sur les restrictions caloriques peuvent être trouvées en relation avec la santé cardiovasculaire (niveaux d’insuline, poids, masse grasse, inflammation). Cependant, il existe des résultats contradictoires avec l’étude d’intervention de Trepanowski (2017) qui n’a pas identifier un effet de restriction calorique. Ce régime soulève plusieurs questions, notamment en termes d’adhésion et d’effet à long terme.

Les études portent principalement sur des modèles animaux ou in vitro (cellulaires) qui mettent en évidence des mécanismes moléculaires bénéfiques pour l’organisme (résistance au stress oxydatif, activation de l’autophagie etc…), mais les études cliniques chez l’homme sont manifestement absentes. Toutefois, les études sur les animaux ont un très faible niveau de données probantes sur la santé publique.

En outre, le jeûne n’est pas nécessairement adapté aux personnes âgées en raison des risques de sarcopénie/ostéoporose ou pour les enfants (besoins nutritionnels pour la croissance) compte tenu des risques mis en évidence par l’ANSES. Et il n’y a pas qu’une seule pratique du jeûne.

La restriction calorique est l’un des outils de la naturopathie. Il convient de rappeler que la naturopathie n’est pas encore reconnue comme une qualification médicale en France. Vous devriez vous méfier des charlatans ou des entraîneurs qui poussent sans précaution pour commencer un jeûne intermittent.

À suivre d’autres blogs ou apprenez-en davantage sur les controverses alimentaires, sanitaires et environnementales :

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Sources :

Rafael de Cabo et coll. Effets du jeûne intermittent sur la santé, le vieillissement et la maladie. N Engl J Med 2019 ; 381:2541 -2551

Swindell WR.Restriction alimentaire chez le rat et la souris : méta-analyse et examen des données probantes sur les effets dépendants du génotype sur la durée de vie. Vieillissement Res Rev 2012 ; 11:254-70

Heilbronn LK, Smith SR, Martin CK, Anton SD, Ravussin E. Jeûne en alternance chez les sujets non obèses : effets sur le poids corporel, la composition corporelle et le métabolisme énergétique. Am J Clin Nutr 2005 ; 81:69 -73

Harvie, MN, Pegington, député de Mattson, et coll. Les effets de la restriction énergétique intermittente ou continue sur les marqueurs de risque de perte de poids et de maladie métabolique : un essai randomisé chez les jeunes femmes en surpoids. Int J Obes (Londres) 2011 ; 35:714-27

Harvie M, Wright C, Pegington M, et coll. Effet de la restriction de l’énergie intermittente et de la car-bohydrate v. réstriction énergétique quotidienne sur les marqueurs de risque de perte de poids et de maladie métabolique chez les femmes en surpoids. Br JnuTR2013 ; 110:1534 -47

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