Les personnes ayant un peu d’épargne et à la recherche d’un rendement plus attractif que le Livret A ou le fonds euro d’assurance vie s’orientent vers le marché boursier. Puis vient LE dilemme : devriez-vous ouvrir un PAE (Action Savings Plan) ou un Compte Titres ? Ces deux investissements donnent accès aux marchés boursiers, mais sont très différents l’un de l’autre. Des notions souvent mal maîtrisées, y compris chez ceux qui commercialisent ces produits. Un mauvais choix au départ peut coûter cher à l’épargnant, parfois pour de longues années.
Pour y voir plus clair dans la jungle des possibilités, retenons les principaux éléments qui font la différence :
- EAP ou Compte Titres : accès aux actions, obligations et OPCVM
- Compte titres et PEA : un mode de fonctionnement comparable
- Dans quels cas ouvrir un compte titres ?
- À quoi sert un PEA et quelles sont ses règles ?
- PEA ou compte titres : comment trancher ?
PEA ou Compte Titres : accès aux actions, obligations et OPCVM
Avant d’entrer dans le vif du sujet, posez-vous une question simple : sur quels supports pouvez-vous investir via un PEA ou un compte titres ?
L’action, c’est détenir une part du capital d’une entreprise. Au fil des exercices, l’entreprise peut verser un dividende, mais rien n’est jamais promis. Le vrai enjeu, c’est la variation de sa valeur : une action achetée 5 € et vendue 8 € marque 3 € de gain. Si elle descend à 1 €, c’est la douche froide. Le CAC 40, d’autres indices étrangers, ou des titres non cotés : le terrain de jeu est vaste. Sans surprise, qui recherche performance doit composer avec la volatilité.
L’obligation, elle, relève du prêt à une entreprise ou un État. Imaginez 100 € prêtés pendant cinq ans, rémunérés 3 % par an : chaque année, 3 € sont versés, puis le capital est remboursé à l’échéance. Simple, mais attention : la solide apparence ne protège pas d’un défaut de paiement.
OPCVM : ici, vous confiez votre argent à des gestionnaires qui répartissent la mise sur un panier d’actifs selon une stratégie définie (CAC 40, valeurs américaines ou mixtes, par exemple). Placer 100 € dans un fonds calibré sur le CAC 40 revient à s’exposer à toutes ses entreprises d’un coup, la performance dépendant du talent de l’équipe de gestion. Évidemment, impossible de choisir chaque titre ; vous détenez une part du fonds dont la valeur peut fluctuer à la hausse… ou à la baisse.
Compte titres et PEA : un mode de fonctionnement comparable
Dans les deux cas, vous alimentez un compte, puis décidez en toute liberté de la façon d’investir l’argent : actions, obligations, OPCVM. Chaque opération entraîne des frais (gestion, passage d’ordre). La règle d’or : accepter que le capital puisse fluctuer, voire fondre, on cible ici la performance, pas la sécurité d’un livret d’épargne. Ces sommes doivent pouvoir rester bloquées sans susciter de regrets.
Pourquoi ouvrir un compte titres ?
Le compte titres reste le couteau suisse de l’investissement boursier. Aucun plafond, la possibilité d’en ouvrir pour soi, pour ses enfants, seul ou en indivision. La souplesse est maximale : vous pouvez investir sur des marchés étrangers, des actions américaines, asiatiques, acheter des obligations du monde entier, explorer les OPCVM ou aller vers des produits plus sophistiqués comme les trackers. Les sommes investies ne connaissent aucune limite et, à tout moment, revenus ou produit des ventes sont mobilisables sans contrainte, l’argent peut être réutilisé ou transféré facilement.
Autre aspect qui a son importance : en cas de décès, le compte titres n’est pas gelé. Les héritiers poursuivent sa gestion, ce qui simplifie grandement la transmission du patrimoine financier.
Pourquoi ouvrir un PEA ? Comment ça fonctionne ?
Le PEA, lui, impose des règles strictes : un seul par personne, pas de compte joint, versements plafonnés à 150 000 €, et un univers d’investissement restreint aux actions et fonds européens. Oubliez donc les actions américaines. Les fonds produits après la vente d’un titre restent verrouillés dans le plan tant que vous ne le refermez pas. Ces restrictions ne font pas rêver, mais le PEA reprend la main avec un argument majeur : son traitement fiscal.
Tous deux, PEA et compte titres, subissent les prélèvements sociaux (actuellement 17,2 % sur les gains et revenus). Mais à partir de la cinquième année, un PEA n’est plus touché par l’impôt sur le revenu sur les dividendes et plus-values réalisés : seuls restent les prélèvements sociaux. Un avantage qui change nettement la donne pour qui voit à long terme.
Exemple concret : en plaçant 5 000 € qui deviennent 8 000 € en cinq ans, la différence est marquante. Sur le gain de 3 000 €, après prélèvements sociaux (516 €), rien à payer côté impôt sur le revenu dans un PEA. Sur un compte titres, en revanche, ces gains entrent dans le barème fiscal classique (avec un taux minimum de 11 %, soit 330 € pour cet exemple, et jusqu’à 45 % en haut de l’échelle). D’un côté, la fiscalité s’évapore, de l’autre, elle reste mordante.
Côté compte titres, il existe quelques dispositifs pour alléger la facture (abattements sur la durée de détention, ou sur certains dividendes), mais ils ne rivalisent pas avec la franchise offerte par le PEA après 5 ans. Le prélèvement forfaitaire unique (PFU, à 30 %) vient compléter l’éventail, mais là encore, le PEA l’emporte sur la durée.
La fiscalité du PEA varie selon l’ancienneté du contrat. Avant 5 ans, une taxation plus sévère peut s’appliquer sur les gains (entre 19 % et 22,5 %, selon la période exacte, ou le PFU). Au-delà de 5 ans, la franchise d’impôt sur le revenu devient complète, une avancée confirmée par la loi PACTE qui gomme la barrière des 8 ans auparavant décisive.
Au final, pour réaliser de bonnes performances en bourse et ne pas voir la fiscalité rogner vos gains, le PEA se détache nettement sous réserve de respecter la durée minimale de détention.
PEA ou compte titres : comment trancher ?
Pour un premier pas sur les marchés, le PEA a des arguments solides : débuter petit, profiter de la carotte fiscale dès 5 ans, et rester sur une zone européenne plus facile à appréhender en démarrant. Le plafond de versement laisse de la marge, et immobiliser cette épargne fait partie du jeu quand on vise le long terme. Passer à côté du PEA revient souvent à accepter que le fisc ponctionne une large part de vos profits alors que cette porte est ouverte.
Pour autant, certains investisseurs souhaitent aller plus loin, cultiver une vraie diversification mondiale, se positionner sur les marchés américains, exploiter des véhicules sophistiqués. À ce stade, le compte titres rend possible tout ce que le PEA interdit. Cette liberté a un prix : une fiscalité sans pitié, mais certains profils y trouveront leur compte.
Arbitrer entre PEA et compte titres revient à choisir entre flexibilité totale et traitement fiscal privilégié. Chacun fixe ses priorités, mais pour qui sait attendre, les marchés boursiers récompensent souvent la patience bien mieux que les mouvements de va-et-vient. À la fin du match, l’avantage sourit à celui qui reste maître de son rythme.

