Faut-il investir dans le bitcoin en 2019 ?

Oubliez les grilles de loto, cette année, certains buralistes vous proposent un ticket d’un autre genre : des coupons de 50, 100 ou 250 euros pour acheter du bitcoin via la plateforme Keplerk. Il faut simplement que le bureau de tabac soit équipé de la machine idoine.

Ce nouveau créneau, lancé sans véritable validation officielle, alarme les autorités. L’Autorité des marchés financiers (AMF), l’Autorité de supervision prudentielle et de résolution (ACPR) et la Banque de France rappellent que ce type d’actif spéculatif ne convient pas à qui n’a pas été initié à la mécanique crypto. Le message d’alerte n’ébranle pourtant pas Keplerk, qui veut rendre l’achat de bitcoin accessible à tous. Et ils ne sont pas les seuls sur le créneau.

Parmi les acteurs qui veulent simplifier l’accès aux cryptomonnaies en France, on retrouve Coinhouse ou encore Luno, plus récemment lancé. Aujourd’hui, la part de Français déjà séduits par ces produits reste faible, une niche comparée à l’engouement mondial, mais l’intérêt ne cesse de progresser.

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Plusieurs sociétés proposent désormais aux particuliers d’acheter ou de vendre des cryptomonnaies, et la curiosité s’étend bien au-delà d’un cercle d’initiés.

Une crypto-monnaie, qu’est-ce que c’est qu’est-ce que c’est ?

Un sondage Kantar TNS mené l’été dernier auprès de 1 000 Français de 18 ans et plus montrait que 36% avaient déjà entendu parler de cryptomonnaies. Mais derrière le mot, la plupart peinent à définir ce qu’il recouvre. Plus de 2 000 monnaies virtuelles existent, et le bitcoin en reste le pilier. Leur particularité : elles s’appuient sur la blockchain, une technologie de registre décentralisé.

Rien à voir avec l’euro ou le dollar : ces monnaies numériques ne dépendent pas d’une banque centrale ni d’un État. C’est pourquoi l’AMF préfère parler de cryptoactifs. Aucun tiers de confiance ne valide les transactions ; tout repose sur la confiance collective dans les algorithmes et la sécurité du système.

« Grâce à la blockchain, un même bitcoin ne peut pas être dupliqué, donc la contrefaçon n’est pas possible, contrairement à certains billets », détaille Patrick Bucquet, associé chez Chappuis Halder & Co à New York. Ces actifs circulent exclusivement de façon numérique. Acheteurs et vendeurs restent anonymes, seuls leurs identifiants, des clés numériques comparables à un IBAN, sont connus. « On associe souvent ces monnaies à l’anonymat, mais toutes les transactions sont inscrites dans la blockchain, accessible à tous », nuance Brian O’Hagan, responsable marketing chez Coinhouse.

Oublions un instant la technique : on compare souvent le bitcoin à un « or digital ». À l’origine, son créateur, Satoshi Nakamoto, a programmé le système pour qu’il n’existe jamais plus de 21 millions de bitcoins. Aujourd’hui, 17,5 millions circulent, extraits via le « minage », et on estime que le plafond sera atteint vers 2140. « À la création, 50 bitcoins étaient produits toutes les dix minutes, mais ce nombre est divisé par deux tous les quatre ans. Le logiciel raréfie la production progressivement », explique Manuel Valente, directeur de la recherche chez Coinhouse.

Ces cryptoactifs fonctionnent aussi comme moyens de paiement, à l’image de toute monnaie. Le bitcoin a été imaginé comme une alternative électronique après la faillite de Lehman Brothers en 2008. S’il a d’abord circulé sur le darknet pour des activités illicites, il a depuis gagné les commerces plus classiques. En France, on peut le dépenser dans certains magasins du passage du Grand-Cerf à Paris, ou dans quelques bars et restaurants. Mais, dans la pratique, l’essentiel des usages reste spéculatif.

Combien cela coûte-t-il ?

Gagner de l’argent avec le bitcoin ? Personne ne peut l’assurer. Le prix de cette devise virtuelle est notoirement instable. D’après Luno, la volatilité du bitcoin s’est élevée à 133 % sur un an, contre 20 % pour l’or et 30 % pour un indice boursier majeur comme l’Euro Stoxx 50. Les cryptoactifs s’inscrivent parmi les placements les plus spéculatifs : certains y ont fait fortune, mais les échecs sont beaucoup plus fréquents. Un banquier privé raconte l’histoire d’un dirigeant d’entreprise de trente ans qui a placé 35 000 euros il y a huit ans et a vu sa mise se transformer en plusieurs millions. Mais la majorité des investisseurs n’a pas connu ce parcours : beaucoup sont entrés au plus haut, fin 2017, quand le bitcoin valait près de 20 000 dollars, pour voir leur capital fondre de 80 % lors de la chute suivante. Début 2019, le bitcoin se négociait autour de 4 000 dollars.

La vraie question : êtes-vous prêt à miser sur un rebond ? Les avis des experts sont tranchés. Certains prédisent la disparition de la plupart des cryptomonnaies, qui n’auraient été qu’un tremplin pour la blockchain, promise à d’autres usages, notamment dans la finance. D’autres misent au contraire sur un nouveau souffle, par l’intégration des cryptoactifs dans la gestion de patrimoine, ce qui pourrait dynamiser la demande… et donc les prix.

Quels sont les risques ?

Avant de rêver à un pactole, il faut mesurer les risques. Premier danger : la perte totale de votre mise. Évitez d’y placer plus que ce que vous accepteriez de voir partir en fumée. Deuxième menace : le vol. Les plateformes d’échange sont régulièrement ciblées par des cyberattaques. La société de cybersécurité Carbon Noir dénombrait plus de 1,1 milliard de dollars de bitcoins dérobés au premier semestre 2018, après déjà un milliard en 2017. Pour limiter la casse, certains experts conseillent d’utiliser un portefeuille sécurisé. « Quand vous achetez du bitcoin, vous obtenez une clé publique, pour recevoir, et une clé privée, pour sécuriser vos fonds », explique Brian O’Hagan. « Dès 500 euros investis, mieux vaut stocker cette clé privée sur un support externe comme le Ledger Nano S, une sorte de clé USB. »

Un autre écueil guette : les arnaques. En 2018, l’AMF a recensé plus de 1 000 plaintes liées à des escroqueries sur les cryptomonnaies, pour un préjudice de 55 millions d’euros. Le scénario est souvent identique : une personne cherche à investir, se laisse attirer par une bannière en ligne, remplit un formulaire et laisse son numéro. Un faux conseiller la rappelle, la presse à réaliser un virement, puis disparaît avec l’argent. Un vrai site d’achat ne procède jamais par téléphone ; tout se fait en ligne, sans intermédiaire humain.

Claire Castanet, directrice des relations avec les investisseurs à l’AMF, insiste : « Toutes les catégories d’épargnants sont concernées, même les plus avertis. Les escrocs usent des mêmes ressorts psychologiques que sur le Forex ou les diamants. Gardez votre esprit critique. Les promesses de gains démesurés ou d’investissements sans risque n’existent pas sur ce marché ! » Si malgré tout vous souhaitez tenter l’expérience, limitez l’exposition de votre patrimoine à une fraction symbolique.

Comment investir ?

Se lancer dans les cryptomonnaies réclame à la fois prudence et aisance avec l’environnement numérique. Ces actifs ne s’achètent que sur des plateformes spécialisées, exclusivement en ligne. Seule Coinhouse propose, en plus de son site, un comptoir physique à Paris. Mais même là, l’accompagnement reste essentiellement digital. Le choix de l’intermédiaire ne doit rien laisser au hasard.

L’offre est foisonnante. Toutefois, une poignée de plateformes seulement appliquent des standards élevés de lutte contre le blanchiment d’argent et vérifient soigneusement l’identité de leurs clients. La plus connue, Coinbase, d’origine américaine mais disponible en français, revendique 20 millions d’utilisateurs et 150 milliards de dollars échangés.

On trouve aussi d’autres sites d’outre-Atlantique, comme Poloniex ou Kraken (interface uniquement en anglais). En France, Coinhouse ou Paymium figurent dans le peloton de tête. Pour débuter, il faut ouvrir un compte et accéder à son portefeuille numérique avant de passer à l’achat ou à la vente. Les commissions oscillent entre 2 et 10 % selon le montant et le moyen de paiement choisi (le virement est généralement le moins onéreux, la carte bancaire plus rapide mais plus chère).

Qu’ est-ce que le régime fiscal ?

Le traitement fiscal varie selon l’usage fait des cryptoactifs. Au départ, l’administration fiscale classait les gains réalisés de façon habituelle dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux (BIC), imposés jusqu’à 66,2 % pour les plus aisés, ou dans celle des bénéfices non commerciaux en cas d’opérations occasionnelles. Mais depuis une décision du Conseil d’État du 26 avril 2018, les gains tirés de la cession occasionnelle de cryptoactifs relèvent désormais du régime des plus-values sur biens meubles, soit une taxation à 36,2 % mais avec certains abattements. La loi de finances 2019 a simplifié la règle : désormais, un taux forfaitaire unique de 30 % s’applique, avec une franchise sur les premiers 305 euros cédés.

Le bitcoin ne dort jamais vraiment, et le débat sur son avenir non plus. Pour ceux qui aiment prendre des risques calculés, et qui acceptent l’idée de perdre,, l’aventure crypto reste ouverte. Mais le ticket d’entrée, lui, ne garantit ni richesse ni miracle : il ne fait qu’ouvrir la porte sur un univers instable, fascinant, parfois impitoyable.