Dopage : on vous dit tout sur cette pratique douteuse

Google+ Pinterest LinkedIn Tumblr +

Cette “scène” permet de dégager les athlètes du rôle de coupables en désignant à leur place les cadres, même si ce dégagement de responsabilité se fonde parfois sur une dévalorisation de l’athlète13. Ils estiment que dans le système du sport de haut niveau actuel, tout amène l’athlète à se doper : les sélections répétitives, le niveau de la compétition, la tolérance du système sportif à cette pratique et surtout l’argent. Or, à travers les enquêtes, on constate que l’entourage peut ou pourrait inciter au dopage : on a vu notamment que plus de 10 % des jeunes compétiteurs français pensent avoir des copains qui se dopent. 54 Pascal exprime sa méconnaissance de la réalité du dopage dans son sport : “Je ne sais pas s’il y a des “pris positifs” dans ma discipline, je n’ai pas les statistiques, je ne suis pas informé de ça”. En ce qui concerne la lutte antidopage menée par les fédérations, Pascal souligne que ça n’est pas clair : “C’est clair par rapport à l’éthique, ils veulent avoir une image propre sur leur télévision, mais qui se soucie réellement de la santé des sportifs .

17 Les effets attendus et espérés du dopage paraissent donc connus et son efficacité suscite peu de doutes, eu égard au but recherché : acquérir plus de force ou de puissance, être plus performant à terme. Hypothétique crainte pour leurs enfants et plus généralement pessimisme pour l’avenir : 46 % des Français pensent que, dans les prochaines années, les sportifs dopés seront plus nombreux qu’aujourd’hui. 73 Ce sont les sportifs qui se sont dopés, soit parce qu’ils étaient manipulés par des “véreux” à leur insu, soit parce qu’ils sont faibles psychologiquement (voire “idiots”) et ils baissent les bras face à la difficulté.

Lire également : 3 astuces pour bien choisir ses rideaux

Le médecin estonien estime que son usage relève moins d’un intérêt physiologique que d’une vieille idéologie : « Il persiste en Europe de l’Est cette idée que le sport d’élite est nocif pour la santé et qu’il y a besoin de soutenir le corps avec des substances afin de le protéger.  » Or si le regard des journalistes se tourne vers les soigneurs, comme ce sera souvent le cas, le docteur Dumas évoque lui une « conspiration du silence des coureurs »: « Marcel Bidot a découvert récemment dans une chambre des cachets qui ne sont délivrés que sur ordonnance et qui peuvent avoir des effets extrêmement redoutables. 11 C’est la dichotomie pur-impur, sain-malsain qui conduira à la naissance d’une véritable lutte étatique contre le dopage à partir des années 1960 et à la dénonciation de celui-ci par tous les médias dès la décennie suivante.

14 Pratique du dopage et sport de très haut niveau sont de fait souvent associés dans les représentations de nombreux Français : s’ils avaient un enfant ayant les capacités pour devenir champion, 47 % d’entre eux craindraient qu’il soit un jour ou l’autre amené à se doper (3). Selon lui, cette opposition met principalement face à face les acteurs du secteur de haut niveau (contre le changement) et ceux du sport de masse et de loisir (qui refusent le dopage par conviction idéologique). Trois ans avant sa mort dans le Ventoux par abus d’amphétamines, il est interviewé dans plusieurs articles de L’Équipe et du Miroir des sports où il dénonce le dopage, et il en ira de même pour de très nombreux coureurs célèbres. Cette ambiguïté apparaît également dans l’enquête sur le sport effectuée auprès de jeunes Français de 8 à 18 ans (6) : alors que plus de 8 sur 10 déclarent désapprouver le fait que certains sportifs se dopent, B. 39 Cependant, cet entraîneur fait état de l’existence d’une opposition politique interne dans certaines fédérations sportives, entre les tenants de la lutte contre le dopage et ceux qui préfèrent que “ça continue comme avant”.

A lire en complément : Cable management : Quelques astuces pour avoir un bureau organisé

L’identification de ces figures permet de comprendre comment chacun peut soutenir les contradictions de son propre discours en jouant sur les différentes facettes de chaque acteur : entraîneur ou athlète.

 » Les seules aides ergogéniques que nous avons repérées en ce début de siècle sont une nourriture saine (thé, champagne, café, limonade, viande rouge…) et un entraînement rationnel (les coureurs américains, en 1919, dans La Vie au grand air). 40 Franck parle donc très clairement d’une sorte de complicité des fédérations sportives au regard du développement du dopage, en expliquant cet état de fait par la médiatisation et la commercialisation du sport qui empêchent, en quelque sorte, les fédérations d’adopter une position radicale et claire à ce sujet. Pour lui, il existe un double langage fédéral : un discours en direction de l’extérieur qui affiche une position anti-dopage (“on fait semblant”) et un discours interne qui accepte le dopage (“on continue comme avant”). 50 En dehors des quelques militants anti-dopage “déclarés”, la plus grande masse des entraîneurs et athlètes reste silencieuse vis-à-vis de cette question qui la touche pourtant directement dans son quotidien, que ce soit celui de l’entraînement ou des compétitions. parmi les jeunes athlètes américains, 45 % pensent “qu’en utilisant le dopage, ils amélioreraient leur performance”, 55 % “qu’en utilisant des stéroïdes seuls, ils amélioreraient la taille et la force de leurs muscles”(7). La figure de Richard Virenque, dans les « Guignols de l’Info », en France, sur Canal Plus, décrit comme « dopé à l’insu de son plein gré », est tout à fait évocatrice du système mis en œuvre.

Ainsi qu’on l’a mentionné, ces résultats sont contredits par de nombreuses déclarations émanant de personnes diverses, toutes parties prenantes du sport de haut niveau, et qui laissent entendre qu’au stade de l’élite, le dopage est une pratique extrêmement répandue, et en particulier dans certaines disciplines. 37 Si le dopage apparaît comme un phénomène relativement ancien dans le sport moderne, son aspect illégal ou illégitime n’est devenu une réalité que très récemment pour cet entraîneur (aux environs des années quatre-vingts).

8 Un article du Miroir des sports de 1922, intitulé « Pour donner confiance aux coureurs : la bouteille merveilleuse », donne une sorte de double lecture assez typique de tous les articles jusqu’à la deuxième guerre mondiale.

10 Mais Géo André tient ce discours pour tenter de mettre en place un guide de proscription des pratiques considérées comme moralement répréhensibles, comme l’usage de produits dopants ou tout au moins stimulants, selon un système d’opposition où « l’eau pure » affronte « les produits spéciaux ».

Difficile pour les dopés de changer leurs habitudes, même quand un médicament détourné de son usage par 2,2 % des sportifs passe sur la liste des produits interdits par l’Agence Mondiale Antidopage. 22 Si les images médiatiques marquent indéniablement les représentations des jeunes, on admettra sans peine que l’influence de l’entourage puisse également jouer sur la construction personnelle d’une morale vis-à-vis du dopage et sur l’attitude que l’on adoptera à l’égard de sa pratique. C’est en tant que sportif qu’il a tout d’abord été confronté à ce type de pratique : en 1966, un athlète de son groupe d’entraînement est parti durant un an aux Etats-Unis et il en est revenu beaucoup plus performant qu’avant. Les thèmes qui ont guidé le choix des articles sont les suivants : dopage, doping, tricherie, nourriture, alimentation, soigneurs, entraîneur, mystère, poisons, médecins, soins, fraudes, « charge », « topette », excitants… mais aussi secret, pur et impur, sain et malsain.

70 Ainsi qu’on les observe dans la manière dont ils sont décrits, les “sportifs innocents”, les “sportifs victimes”, les “espoirs doués”, les “dernières idoles” et les “militants dénonciateurs” constituent les acteurs d’un sport sain ; ce faisant, ils s’opposent aux “sportifs douteux” et aux “cadres véreux” qui personnalisent pour leur part un sport “dénaturé”.

 » Deux éléments sont à noter dans ce court passage : la notion de secret, qui laisse tout de même le coureur « pur » face à la possibilité d’impureté de la seringue, et le fait que le coureur soit appelé « poulain », ce qui renvoie aux courses de chevaux et donc à un possible dopage ou du moins à l’utilisation de produits impurs issus de l’hippisme.

Il s’agit donc d’identifier dans quelle logique certains acteurs du sport de haut niveau se situent pour justifier et argumenter leur position anti-dopage et, en même temps, de repérer les résistances et les obstacles qui freinent l’adoption massive d’une telle attitude. Cette étude fait partie d’un projet plus vaste dirigé par Yves Boisvert de l’École nationale d’administration publique du Québec et par Suzanne Laberge de l’université de Montréal, et qui a reçu un appui financier du ministère des Relations internationales du Québec, du secrétariat au Loisir et au Sport et du ministère de l’Éducation du Québec. Pourtant, l’homme, depuis des millénaires et dans tous les domaines, est tenté de dépasser ses propres performances naturelles avec l’aide de substances artificielles dans le but d’aller plus vite, plus loin, plus longtemps, mais aussi dans des perspectives rituelles (rites de passages et d’initiation). Il estime que les oppositions éventuelles à ce “laisser-aller” vis-à-vis du dopage constituent une possibilité de changer cette situation pour l’ensemble du sport, mais aussi un risque d’explosion du système sportif et de dissociation entre le sport d’élite et le reste des pratiques sportives. Adresse :
11, avenue du Tremblay
75012 Paris
France .

    De leur côté, les gendarmes de l’office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp), en pointe dans ce secteur, réclament des moyens techniques supplémentaires pour lutter contre ce qu’ils qualifient de véritables « réseaux mafieux ». Plusieurs années après, alors qu’il est devenu entraîneur, Franck se trouve à nouveau confronté au problème du dopage : en 1972, alors qu’il assiste à une réunion d’organisation avec des entraîneurs nationaux, il est choqué de voir s’engager une discussion et s’ouvrir un débat entre ses collègues pour déterminer s’il convient ou non de donner du Dianobol aux sportifs. 8 Ces représentations quant aux disciplines les plus pénétrées par la pratique du dopage se sont certainement forgées au vu de faits avérés sinon réitérés ; on remarquera avec intérêt qu’elles restituent une image assez réaliste puisque ces sports sont, en France mais aussi dans le monde, parmi ceux qui font l’objet du plus grand nombre de contrôles sinon parmi les premiers contrôlés dans l’histoire de la lutte anti-dopage (cf. Revue dédiée à la recherche et la réflexion dans le domaine de l’éthique publique suivant deux axes, l’éthique gouvernementale et l’éthique de société. 30 Ce type de travail permet d’avoir une vision de la complexité de la situation à partir de la place spécifique d’acteurs centraux du système du sport de haut niveau et donc d’entrer dans une logique explicative de la situation actuelle. Il illustre ici la contradiction qui existe à devoir, à la fois encadrer le sport de haut niveau et lutter contre le dopage ; il envisage même de quitter le sport pour régler cette contradiction. Ce sont des personnages d’exception avec des performances d’exception », explique le sociologue Patrick Trabal, professeur à l’université Paris-Nanterre, et à la tête d’une chaire Unesco antidopage créée en avril 2017. 80 En premier lieu, il apparaît que l’engagement contre le dopage s’avère fondamentalement paradoxal pour un acteur du terrain : cela revient en effet à s’opposer à un système dans lequel on est complètement impliqué et grâce auquel on vit.

    Son premier contact avec la pratique du dopage remonte à des déplacements sportifs dans les pays de l’Est, en 1983, où l’évidence du dopage systématique lui apparaît : “Dans le gymnase, il y avait toujours un groupe de médecins, avec des instruments, des appareillages, et des gens qui ne faisaient que ça, et qui étaient là tout au long de la compétition.

    Mis au point en Lettonie en 1975, le meldonium, commercialisé dans les anciennes républiques soviétiques sous le nom de Mildronate, est utilisé pour la prévention de l’infarctus du myocarde et le traitement de ses séquelles.  » Le seul élément qui pourrait rassurer dans ce domaine serait le contrôle médical, caution qui permet de valider le secret ou du moins de nous faire basculer dans la deuxième logique explicative, celle de la pureté. Il savait déjà à cette époque que le dopage s’était développé, mais il découvre alors que sa pratique n’est pas complètement irrecevable dans les milieux sportifs et en particulier chez les entraîneurs. 69 La dernière figure importante dans cet entrecroisement de rôles est celle des “militants dénonciateurs” : qu’ils soient athlètes ou entraîneurs, leur position est présentée comme difficile, mais ils sont à la poursuite d’une “cause juste”. La révélation de son dopage lors de l’épreuve la plus attendue des JO pour ne pas dire la plus mythique, sa disqualification et sa désignation publique comme tricheur, n’ont donc pas vraiment écorné son image de champion admirable et peut-être même d’homme “le plus rapide de tous les temps”. Cette remise en cause du système et cette volonté de changement radical de la part d’un acteur appartenant à ce système équivaut donc à organiser son propre procès, voire son propre “suicide” puisque certains envisagent même la disparition pure et simple du sport qui laisserait place à un “affairisme du spectacle”. 9 A travers les enquêtes qui ont questionné les jeunes sur leur pratique de dopage, on constate que la proportion de ceux qui reconnaissent avoir consommé des substances interdites afin d’améliorer leur performance est très faible : 2 % des sportifs américains de 10-14 ans (7), 2,4 % des athlètes québécois de 12-18 ans (5) et 3 % des compétiteurs français de 14-19 ans (1) sont dans ce cas6. A propos de déclarations de médecins aux athlètes, en particulier à partir de 1974, qui incitent à la prudence au regard du développement des contrôles (“il faut arrêter plus tôt les prises d’anabolisants”), Franck parle de complicité interne du milieu sportif au regard du dopage.

    Ils révèlent en revanche que certains jeunes sportifs n’hésitent pas à dépasser la réprobation voire les sanctions encourues pour affirmer leur détermination à transgresser les règles concernant le dopage.

    Ainsi, un article de 1904, dans La Vie au grand air, décrit « un crack à l’entraînement » et explique que le principal est une nourriture très saine, mais aussi que Meyers « sacrifie à sa forme une grande partie des plaisirs de l’existence29 ». Simpson (1967) pour le cyclisme ; on peut aussi évoquer le cas réitéré des nageuses est-allemandes depuis la fin des années soixante-dix ; quant à l’haltérophilie, la prise de stéroïdes anabolisants est notoirement fréquente dans cette discipline, au point que la fédération internationale opéra, à la fin de l’année 1992, des remaniements des catégories de poids annulant ainsi, indirectement, tous les records antérieurs5. Le professionnalisme relève d’une liberté individuelle : dans ce cas, le sportif est quelqu’un qui vend du spectacle, il suit la loi de l’offre et de la demande dans laquelle il n’y pas d’éthique. Au-delà de cette donnée générale, les enquêtés, jeunes ou moins jeunes, sont assez nombreux à estimer que cette pratique est répandue au sein du sport de haut niveau : 68 % des jeunes athlètes américains (de 10 à 14 ans) sont persuadés par exemple que les athlètes des JO utilisent des stéroïdes anabolisants (7). Quand l’athlète n’est pas “responsable” d’une défaillance, qu’il est par exemple malade ou fatigué, le fait qu’il prenne des produits dopants interdits pour s’aider ou compenser suscite moins de jugements négatifs que lorsqu’il n’a pas “d’excuse” ; se doper de manière permanente, en particulier pendant l’entraînement, est l’attitude qui suscite le plus de rejet10. Mais la notion de « race pure », purifiée ou non dégénérée, est tout de même relativisée dès 1919 par certains journalistes probablement à la suite du développement de l’internationalisme et de la guerre de 1914. Il voit dans cette lutte le risque d’un détachement radical du secteur du haut niveau des autres formes de pratique sportive, détachement qui permettrait d’éviter la confrontation des points de vue en considérant que ces deux formes de pratique ne sont pas comparables. Il pense qu’aujourd’hui les athlètes sont beaucoup plus conscients de l’illégalité du dopage, contrairement à l’époque où lui pratiquait : le choix de se doper ou de ne pas se doper est opéré en toute conscience et dépend de leur conception de la compétition sportive. 32 Nous avons choisi d’interviewer à la fois des personnes qui se déclarent contre le dopage (que nous appellerons les militants anti-dopage), et d’autres qui choisissent de ne pas prendre position officiellement ou tout au moins de ne pas agir dans ce sens (que nous appellerons les silencieux)12.

    Il caractérise celle-ci comme associant un entraînement visant à la performance dans une activité de prédilection et une ouverture sur d’autres activités dans une perspective de loisir et de rencontre des autres. 20 La mise en scène du corps des athlètes et des coureurs vante une alimentation saine, avec éventuellement des aides curatives telles les « pointes de feu » (c’est-à-dire l’implantation d’aiguilles rougies au feu dans des zones inflammatoires : traitement du mal par le mal). 26 De fait, les amphétamines sont certainement arrivées en France avec les soldats américains qui ont débarqué en 1944 en Normandie, et surtout avec les pilotes de la RAF lors de la bataille d’Angleterre, mais il n’est pas possible de dire qu’antérieurement il n’existait pas d’autres formes de dopage.

    Partager.