Certaines habitudes parentales n’ont pas fini de me surprendre. La scène se répète : à la moindre fête d’anniversaire ou départ d’un camarade, des bonbons circulent, offerts par des parents à d’autres enfants, sans même qu’on me demande mon avis.
Je me retrouve donc, bien souvent, à tenir dans mes mains des sachets de sucreries dont je préférerais franchement qu’elles ne franchissent jamais le seuil de ma maison. Personne ne me consulte, et je dois choisir entre passer pour le rabat-joie qui refuse, ou laisser filer, en ravalant mes réticences.
Ce n’est pas tant le principe d’offrir des friandises qui me chiffonne, c’est l’absence totale de discernement. La médiocrité des bonbons, la pression sociale qui m’empêche de dire non sans malaise : voilà le vrai souci. J’ai déjà évoqué mon agacement lorsque des inconnus remettent à mes enfants des bonbons sans prévenir, mais le phénomène s’étend désormais au cercle de leurs propres copains.
Certains trouvent mes réactions exagérées. Pourtant, la réalité est là : cette manière de faire s’impose, petit à petit, comme une norme. Or, j’aimerais pouvoir choisir quand mes enfants ont droit à une douceur.
Il faut rappeler qu’au quotidien, nous essayons tous d’inculquer à nos enfants quelques bases d’alimentation saine. Ce n’est pas pour tout saboter avec des friandises chimiques, qui crépitent ou moussent sur la langue, sous prétexte qu’un camarade change de classe ou fête son anniversaire. Difficile de ne pas grincer des dents devant ces couleurs fluo, qui évoquent plus un laboratoire douteux qu’une fête d’enfants.
Limiter l’accès aux bonbons, ce n’est pas une lubie. Chez nous, les récompenses arrivent par petites touches, parfois sous forme de friandises de qualité décente. Si un adulte distribue des bonbons avant que mon système de récompense ne s’applique, tout s’effondre. Parfois, c’est une question de discipline aussi : réduire les douceurs fait partie de l’éducation. Quand un autre parent intervient, difficile de garder le cap.
Un jour, j’ai même tenté une expérience : pulvériser divers bonbons dans notre presse-agrumes, juste pour voir. Le résultat ? Un spectacle à la fois ludique et, franchement, libérateur.
La situation atteint son paroxysme à l’école de ma fille aînée, mais c’est à la maternelle d’Izzy que la tradition prend une ampleur inattendue. Là-bas, la distribution de bonbons accompagne chaque départ d’élève. Fin août, début septembre, on enchaîne les adieux et, à chaque fois, une flopée de sucreries attend les enfants. Et pas les meilleures du rayon, loin de là.
Ce qui aurait pu rester un petit geste ponctuel s’est transformé en déferlante. Difficile de ne pas sentir la pression sociale qui pousse chaque parent à surenchérir, quitte à offrir des confiseries dignes d’un laboratoire de chimie. La roulette russe version bonbon, en somme.
Heureusement, Izzy ne fréquente pas la maternelle tous les jours. Sinon, je crains que son taux de glucose n’atteigne des sommets inédits.
Face à ce dérapage, la directrice a fini par me confier qu’elle interdirait cette pratique l’an prochain. J’aurais préféré une réaction plus rapide, mais il faut croire que certaines habitudes ont la vie dure.
Parfois, la scène frôle l’absurde : Izzy se retrouve devant deux sacs entiers de bonbons, entourée par ses camarades, chacun attendant son tour. Impossible de reculer sans provoquer une crise collective. Il m’est arrivé, en douce, de troquer les bonbons pour du chocolat, ou de jeter le tout dès la sortie. Sans aucun état d’âme.
Cette manie des sucreries me rappelle une époque en entreprise. Certains collègues célébraient leur anniversaire avec des beignets industriels, achetés à la va-vite. Puis, un jour, un collègue français a décidé d’apporter de véritables pâtisseries. Moins diététiques ? Sans doute. Mais la différence de qualité sautait aux yeux, et tout le monde s’est rué dessus.
En repensant à cette scène, je me demande parfois : et si, pour sortir des sentiers battus, j’envoyais mes enfants à l’école avec des olives ou des galettes d’avoine pour fêter un événement ? Qui sait, cela pourrait plaire, ou au moins ouvrir la discussion sur l’alimentation.
Et vous, qu’en pensez-vous ? Est-ce vraiment la meilleure façon de célébrer les petits moments de la vie d’enfants ? La prochaine fois que le sac de bonbons circulera, qui aura le courage de proposer autre chose ?


